CNSS/Retraites : Pourquoi un relèvement des cotisations est indispensable
L’annonce du relèvement des cotisations sociales à 23 % a suscité interrogations et inquiétudes au sein du monde du travail. Présenté par certains comme une charge supplémentaire pesant sur les salariés et les employeurs, ce taux mérite pourtant une lecture plus rigoureuse. Selon les informations recueillies par le média d’information Kongossa News, ce réajustement apparaît moins comme une sanction que comme une réponse tardive à une réalité financière longtemps ignorée.
Car derrière ce chiffre se cache une vérité difficile à contourner : le système de retraite géré par la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) était engagé, depuis plusieurs années, dans une trajectoire de déséquilibre structurel.
Créée en 1975, la CNSS reposait à l’origine sur un taux global de cotisation fixé à 22,6 %. Ce choix s’inscrivait alors dans un contexte démographique favorable, marqué par une population jeune, un faible nombre de retraités et un ratio cotisants/retraités largement excédentaire. La branche pension vieillesse, financée à hauteur de 7,5 %, dont 2,5 % seulement à la charge du salarié, ne constituait pas un sujet de préoccupation majeur.
Mais près d’un demi-siècle plus tard, les équilibres initiaux se sont effrités. D’après les données consultées par Kongossa News, l’allongement de l’espérance de vie, l’augmentation du nombre de retraités et l’évolution des carrières professionnelles ont profondément modifié la structure du système. Résultat : la branche vieillesse est entrée dans un déficit chronique, désormais qualifié de structurel.
Cette situation n’a pourtant rien d’une surprise. Les études actuarielles réalisées il y a près de vingt ans alertaient déjà sur la nécessité d’un ajustement des cotisations pour éviter l’épuisement progressif des réserves. Toutefois, ces recommandations sont longtemps restées lettre morte, jusqu’à ce que le déséquilibre devienne impossible à masquer.
Contrairement aux accusations d’improvisation, le taux de 23 % est le fruit d’un processus concerté. Il découle des travaux d’une commission tripartite associant employeurs, partenaires sociaux et CNSS, complétés par les audits de la CIPRES et les analyses de la Task force, selon les éléments recueillis par Kongossa News.
Il s’agit d’une réforme dite paramétrique, qui vise à corriger les déséquilibres sans bouleverser l’architecture du régime. La nouvelle ventilation des cotisations est ainsi établie :
* Prestations familiales : 5 %
* Risques professionnels : 2 %
* Pensions d’invalidité et de vieillesse : 16 %,
– dont 5 % à la charge du salarié,
– et 11 % supportés par l’employeur.
L’effort est donc concentré sur la branche la plus fragilisée, à savoir celle des pensions, sans alourdir les autres composantes du système.
Autre fait notable relevé par notre confrère en ligne: l’uniformisation du taux de cotisation entre l’État employeur et le secteur privé. Une mesure relativement rare dans le paysage social gabonais, souvent marqué par des régimes différenciés. Par ailleurs, la contribution du salarié du secteur privé demeure inférieure à celle observée dans la fonction publique, ce qui relativise les craintes d’un transfert excessif de charges vers les travailleurs les plus exposés.
Au-delà des débats techniques, la question centrale demeure inchangée : le système pouvait-il continuer à garantir le paiement des pensions sans ajustement ? Les projections à moyen et long terme consultées par Kongossa News indiquent clairement que la réponse était négative.
L’application du nouveau taux doit permettre de rétablir progressivement l’équilibre financier de la branche vieillesse, de sécuriser les droits acquis et d’améliorer la régularité du versement des pensions. Pour les retraités actuels comme pour les générations futures, l’enjeu est donc moins le niveau des cotisations que la pérennité même du système.
Certes, la réforme intervient tardivement. Mais elle marque une rupture avec des années d’inaction. Sans promettre de solutions miracles, elle pose les bases d’un redressement indispensable. À 23 %, le taux de cotisation apparaît ainsi, non comme une pénalité, mais comme le coût assumé d’un retour à la réalité.
Et, au bout du compte, ce sont bien les retraités (présents et à venir) qui pourraient tirer les premiers bénéfices de ce réajustement longtemps différé.
